Le post-partum : pourquoi est-ce tabou ?
- Clémence Turpin
- 11 oct. 2024
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 25 févr.
Le post-partum désigne la période qui suit l'accouchement. C’est un moment complexe durant lequel vous faites vos premiers pas en tant que parent. Cette période entraîne de nombreux bouleversements hormonaux (qu'il s'agisse d'allaitement ou non), ainsi qu'un besoin de repos pour le corps et de cicatrisation. La durée du post-partum est très variable : elle peut aller de 4 à 6 semaines, jusqu'à plusieurs mois, voire des années. Certaines sage-femmes affirment même que le post-partum peut durer jusqu'à 3 ans. Ma conviction est que la durée de cette période dépend de chaque femme et qu'elle se termine lorsqu'elle se sent à nouveau en harmonie avec son corps et ses émotions, et qu'elle ne ressent plus de douleurs liées à son accouchement. C'est une période délicate. Sur le plan « mécanique », plusieurs éléments sont à prendre en compte :

Retrouver un équilibre entre son identité de femme et de mère
Accepter son corps, qui ne sera plus celui d’avant la grossesse
Reprendre une vie de couple et une vie sexuelle épanouie (émotionnellement et physiquement)
Endosser pleinement son rôle de parent
Trouver un équilibre au sein de la dynamique familiale (avec ou sans fratrie)
Établir un nouveau rythme de vie et retrouver sa vitalité
Ces points sont les plus fréquents que je rencontre lors de mes accompagnements en cabinet.
Les Défis Physiques et Psychologiques du Post-Partum
Les changements physiques
Ça y est, bébé est là ! Vous venez de vous délester de plusieurs kilos en quelques instants. L'accouchement est une épreuve physique, que ce soit par césarienne ou par voie basse. Cet acte n'est pas anodin et nécessite un temps de récupération et de cicatrisation important. Même sans épisiotomie ou césarienne, n'oubliez pas qu'il s'est passé des choses en vous : vous avez fabriqué un être humain. Des hémorragies peuvent même survenir plusieurs jours après l'accouchement.

De plus, de plus en plus de femmes déclarent avoir des séquelles durables de cette période : les douleurs pendant les rapports sexuels (35 %) des femmes dans la période post-partum, les lombalgies (32 %), l’incontinence anale (19 %), l’incontinence urinaire (8 à 31 %), l’anxiété (9 à 24 %), la dépression (11 à 17 %), les douleurs périnéales (11 %). Il est vraiment important de prendre le temps de faire les rééducations, de prendre un temps pour soi, pour s’écouter afin de consulter les professionnels de santé qui peuvent intervenir sur ces sujets.
Le rôle des hormones dans la récupération et les changements corporels
Les hormones vous aident à gérer l'accouchement et à avoir l'énergie nécessaire pour mettre au monde votre bébé. Elles sont fondamentales à ce moment-là. Après l'accouchement, c'est l'effondrement : le taux d'hormones (notamment la progestérone et les œstrogènes) chute brutalement, ce qui peut entraîner une perte de cheveux importante, une peau sèche et un teint plus terne. Les hormones sont également responsables d'une fatigue intense et persistante.
Les défis émotionnels
Le baby blues et le risque de dépression post-partum :On estime que 10 à 20 % des femmes sont touchées par la dépression post-partum, communément appelée « baby blues ». Cependant, certaines femmes n’osent pas parler de leurs souffrances et essaient de gérer cela seules, ce qui signifie qu’elles ne sont pas comptabilisées dans ces 20 %. Le baby blues est une réalité, résultant d’une chute hormonale importante, de l'épuisement causé par les mois de grossesse et l'accouchement, mais aussi du tsunami émotionnel que représente la rencontre avec son bébé. Il implique également le deuil de sa vie d'avant, car cette rencontre marque la prise de conscience de sa responsabilité envers ce petit être.
Le sentiment de solitude, souvent associé au baby blues, n'épargne pas les femmes de notre société. Dans notre culture, le père reprend généralement le travail rapidement, laissant la mère seule avec son bébé. Épuisée, elle doit apprendre à comprendre son enfant. Les pleurs et les nombreuses sollicitations, ajoutés au manque de sommeil, entraînent un surmenage qui amplifie la tristesse ressentie par la mère.
Certaines femmes culpabilisent… Ces sujets sont tabous.
Pourtant, il est fort probable que vos voisines, vos amies aient traversé ce même sentiment d'épuisement. Soyez bienveillante avec vous-même, et si cette période devient trop difficile, n’hésitez pas à consulter un médecin, une sage-femme ou un praticien (sophrologie, doula..) pour vous faire accompagner.
En pratique
La sophrologie, en travaillant sur la respiration et la cohérence cardiaque, permet d'augmenter l'apport d'oxygène dans le sang, ce qui a un effet relaxant. Grâce à cet apport accru, le corps est moins soumis au stress et consomme donc moins d'énergie. Un travail sur le sommeil permet également au corps de se revitaliser durant les courtes phases de repos de la mère. La sophrologie peut être pratiquée à tout moment de la journée et peut devenir une alliée pendant cette période.
Pression sociale, et si on en parlait ?
La pression sociale de "retrouver sa forme" et de s’adapter rapidement à la vie de mère. Ce point est préoccupant : la bienveillance est essentielle. Chaque femme retrouvera sa forme et sa silhouette à son propre rythme. Il n’y a aucune raison de se mettre la pression sur cet aspect, car cela est totalement idéalisé.
Sur le plan mécanique, cela est impossible, notamment à cause des hormones. Votre corps a mis neuf mois à créer un être humain ; il lui faudra au moins autant de temps pour retrouver un équilibre hormonal et physique. En cas d’allaitement, la prolactine sécrétée pour la production de lait affecte également le retour à un « état » hormonal normal, tel qu’il était avant la grossesse.
Il est important de vous préserver, même si vous devez prendre vos distances avec certains amis, membres de votre famille, si certaines de leurs pensées ou phrases ne vous sont pas bienveillantes.
L'Importance du Soutien et de l'Accompagnement Post-Partum
L'accompagnement médical et paramédical
Il est important, d’un point de vue médical, de surveiller la santé physique et mentale durant cette période. Un professionnel de santé à l’écoute peut proposer des alternatives et des conseils sur les aspects physiques, notamment concernant l’allaitement, et offrir un espace de décharge pour les femmes.

Une approche complémentaire, telle que la sophrologie, peut aider à soulager les douleurs physiques (liées à l’allaitement, aux changements physiologiques, etc.) et à instaurer une vision plus positive, en encourageant les femmes à se concentrer sur les émotions de bonheur que leur apporte la maternité.
L’aspect psychologique ne doit pas être négligé, ni être tabou. Aucun des éléments mentionnés ci-dessus ne doit être banalisé ou pris à la légère. De plus, consulter un psychologue ne doit pas être perçu négativement.
En pratique
En complément d’un suivi psychologique, l’Étiothérapie® peut avoir un effet bénéfique. Cette méthode permet de faire remonter des "traumatismes" inconscients, peut-être liés aux difficultés rencontrées par la mère de cette dernière durant son propre post-partum, un débordement émotionnel trouvant une origine dans son enfance... . Identifier ces éléments permet souvent d’apaiser les aspects émotionnels, de les comprendre, et d'offrir aux femmes un nouveau point de vue.
Le soutien des proches
Je recommande souvent aux femmes de parler à leur entourage, y compris à leur conjoint. Cela peut paraître étrange, mais beaucoup d'entre vous ne veulent pas « faillir » devant leur partenaire. Derrière ces comportements se cachent souvent des croyances erronées, comme la peur de décevoir ou de ne pas être à la hauteur.
Détrompez-vous : vous êtes à la hauteur, et partager vos émotions et votre vécu vous rendra encore plus légitime dans votre rôle de mère.
En pratique
Un accompagnement en Étiothérapie®, en une ou deux séances, peut aider à lever ces croyances limitantes. Quelques séances de sophrologie peuvent ensuite aider à ancrer de nouvelles croyances positives, équilibrant ainsi l’aspect émotionnel.
Je conseille également de rejoindre des groupes de partage et de soutien. Cela peut se faire lors de séances collectives de sophrologie pour jeunes mamans, offrant ainsi un moment pour sortir de son quotidien et rencontrer d’autres femmes partageant les mêmes interrogations, émotions, fatigue et ressentis. Cela vous offre un lieu de décharge émotionnelle et vous permet de vous sentir soutenue.

Conclusion
Le post-partum est une étape cruciale de la périnatalité. On lui accorde souvent peu d’importance, alors qu'il constitue presque le cœur de la maternité. C’est pendant cette période que l’on fait ses premiers pas en tant que maman, et beaucoup de choses se jouent :
Sur le plan émotionnel : Le lien avec l’enfant, la prise de son rôle de mère, sa légitimité et son affirmation en tant que femme.
Sur le plan physique : Les changements corporels, avec l’apparition d’un nouveau corps qu'il faut apprendre à aimer, ainsi que la cicatrisation des maux de la grossesse et de l'accouchement.
Sur le plan matériel : Une nouvelle vie avec une nouvelle personne, un nouveau rythme et de nouvelles contraintes.
Chères lectrices, libérez la parole et brisez les tabous autour du post-partum. Vous avez le droit de ne pas bien vivre cette période, car elle peut être la plus difficile, tant les changements sont nombreux.
Prenez soin de vous et trouvez la méthode qui vous accompagnera le mieux.
Pour parler de ce que je pratique, la sophrologie est une pépite tant pour la détente que pour le travail d’acceptation des nouveaux paramètres de vie, sur le plan mental, physique et émotionnel. Cette pratique est réalisable avec votre bébé, et des ateliers peuvent être ouverts pour vous et vos petits.
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Source
Pour en savoir plus sur le post-partum et son suivi, vous pouvez consulter ce lien : [Ameli.fr - Dépression post-partum : prise en charge](https://www.ameli.fr/yvelines/medecin/sante-prevention/sante-mentale-soins-primaires/sante
Au-delà de la grossesse : dans une série spéciale d’articles du Lancet, plusieurs experts appellent à accorder une plus grande attention aux problèmes de santé à long terme des femmes et des filles https://www.who.int/fr/news/item/07-12-2023-more-than-a-third-of-women-experience-lasting-health-problems-after-childbirth
Prévalence de la dépression, de l’anxiété et des idées suicidaires à deux mois postpartum https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/sante-mentale/depression-et-anxiete/documents/article/prevalence-de-la-depression-de-l-anxiete-et-des-idees-suicidaires-a-deux-mois-postpartum-donnees-de-l-enquete-nationale-perinatale-2021-en-franc
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